La question du logement des migrants dans des habitations à loyers modérés (HLM) est parfois liée à celle de leur ségrégation sociale. Qu’en est-il réellement ? Gregory Verdugo, Professeur d’économie à l’Université d’Evry-Val d’Essonne, a travaillé sur cette thématique et nous explique quel est l’impact de l’hébergement en HLM des migrants sur leur ségrégation sociale.

 

Quel est l’impact de l’hébergement en HLM des migrants sur leur ségrégation sociale ?

Des études récentes ont mis en lumière une concentration croissante des ménages immigrés dans les logements sociaux, notamment pour les immigrés d’origine non-européenne.

D’après ces études, alors que 15% des ménages natifs vivent dans des logements sociaux, cette proportion triple pour les migrants non-Européens pour atteindre 45%.

Cependant, si ce chiffre semble important, les immigrés restent largement minoritaires sur l’ensemble du parc. Ils ne représentaient en 2012 que 22% des habitants en logements sociaux sur la France entière.

En fait, si l’on regarde en détail, les effets des logements sociaux sur la ségrégation dépendent de la manière dont ils sont répartis entre les quartiers de nos villes.

En pratique, le nombre d’immigrés non-européens a progressé beaucoup plus vite dans les quartiers où se situent des grands ensembles et où la population est composée majoritairement, mais pas seulement, d’habitants en logement sociaux.

Dans ces quartiers, la part d’immigrés a progressé rapidement à la fois dans les HLM mais aussi dans les logements privés du quartier. Ce phénomène a eu pour effet de diminuer la diversité et d’accentuer la ségrégation de ces quartiers.

D’un autre côté, une bonne moitié des immigrés non-européens hébergés en logement social vivent dans des cités de taille plus modestes et sont logées dans des quartiers où les logements sociaux sont minoritaires. Dans ces quartiers, où le profil social de la population est plus varié, les immigrés tendent à être plus nombreux en HLM et sous-représentés dans les logements privés. Ce phénomène a pour effet d’augmenter la diversité de la population du quartier et de diminuer la ségrégation.

A l’arrivée, la progression de la part d’immigrés en HLM a eu des effets ambigus sur leur ségrégation. Si leur installation dans des cités de taille modeste a réduit leur concentration, leur installation dans les grands ensembles l’a renforcé, notamment parce que dans le même temps le nombre de natifs dans les logements privés de ces quartiers a chuté.

Cela suggère que lorsque l’on construit des HLM il faut faire attention autant à leur répartition entre quartiers, qui est le facteur qui façonne le plus la mixité sociale, qu’à la quantité de logements offerts.

 

Pour aller plus loin

Verdugo, G. (2018). Le logement social diminue-t-il la ségrégation? Les leçons ambiguës de l’immigration non-européenne en France, Blog de l’OFCE, https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/10285-2/

Verdugo, G., & Toma, S. (2018). Can Public Housing Decrease Segregation? Lessons and Challenges From Non-European Immigration in France. Demography55(5), 1803-1828.https://link.springer.com/article/10.1007/s13524-018-0705-4

Verdugo G., L’Europe au défi de la nouvelle immigration, L’économie européenne 2019 (2019), pages 99 à 112
https://www.cairn.info/economie-europeenne-2019–9782348041822-page-99.htm?contenu=resume