La migration et les migrant.e.s n’ont pas toujours bonne presse. Bien au contraire, ils et elles sont souvent perçu.e.s voire traité.e.s de manière négative. Mais pourquoi entend-on parler presque systématiquement de manière négative des migrants ? C’est à cette question que la Professeure Marie-Rose Moro, psychiatre et Prof. des Universités, a accepté de répondre pour le projet Migrations en Questions.

 

Pourquoi entend-on parler presque systématiquement des migrants de manière négative ?

Alors les migrations elles existent depuis toujours. On a changé d’endroit pour mille et unes raisons. Donc la question des migrations est une question ancienne.

Et pourtant on sait que le migrant « qui c’est ? » c’est l’autre, l’autre qui me ressemble. Mais l’autre il est égal à moi mais il peut avoir quelques différences. Il vient d’ailleurs, il a une histoire, il a éventuellement une autre langue, peut être une autre religion, peut être une autre couleur de peau, peut-être qu’il parle ma langue, peut-être il ne la parle pas,…

La question c’est « qu’est-ce que je fais avec cette différence » ? Je pourrais me dire « Mon dieu on est pareil mais on a une différence, et bien ça ça va me permettre de découvrir une autre parcelle d’humanité, une autre manière d’être au monde ».

Mais en réalité, cette différence je vais chercher à l’interpréter, et comme la différence parfois elle me fait peur et pourquoi elle me fait peur, parce qu’elle remet en cause ma propre identité. Est-ce que malgré ces différences je suis le même, nous sommes les mêmes ?

Et là du fait de la peur, du fait aussi parfois de la méconnaissance, du fait du manque d’informations – sur pourquoi on part ? pourquoi on fait du chemin ? pourquoi on va quitter son pays et sa famille ? – du fait du manque d’information sur tous ces éléments là.

Face à la différence je vais faire une interprétation discriminante, je vais faire une hiérarchie. Je vais dire « ça, c’est mieux que ça. Parler telle langue c’est mieux que telle autre. Avoir telle religion c’est mieux que telle autre ».

Donc face à quelque chose qui était la diversité humaine, qui est la variabilité, qui est les 1000 et unes différences que l’on peut avoir alors que l’on est tous de cette même espèce humaine, on fait une interprétation sur la différence. On fait une hiérarchie, et là commence la question de la discrimination.

 Donc à partir de cette interprétation sur la différence, aussi bien dans la société que dans le développement des enfants, je vais élaborer des théories à partir de pourquoi on est différent. Et lorsque je cherche un sens à mes questions, à mes difficultés, aux choses difficiles pour moi, alors là aussi il va y avoir un autre mécanisme d’interprétation qui est une sorte de mécanisme de sacrifice « c’est l’autre qui est responsable de mon malheur, c’est parce que l’autre vient chez moi que moi j’ai moins de bien être ou moins de facilités ».

 Donc, ça c’est la deuxième partie de l’interprétation, c’est des interprétations sur un «bouc émissaire », sur un ennemi. C’est-à-dire qu’à partir du moment où je commence à faire des interprétations sur « ça c’est mieux que ça », cette différence suppose une hiérarchie alors là aussi je risque, du fait en plus de l’inquiétude que je peux avoir, de créer du négatif, de la haine, de la violence et à ce moment là je m’écarte de celui qui pourtant me ressemble mais qui a une petite différence.

 Et pour les enfants c’est la même chose, pour les enfants les interprétations des adultes, les interprétations des groupes, vont de la même façon créer un danger qui est un danger d’erreur de jugement, de diagnostique erroné et de déplacer finalement des questions qu’on peut avoir sur soi, sur la manière de vivre ensemble, de les déplacer en nous disant « c’est l’autre qui nous empêche d’être le même, d’être entre nous ».

 Souvent les études montrent là aussi, aussi bien d’un point de vue psychologique que sociologique, que plus ces différences sont petites, plus elles sont minimes, plus elles prennent une importance incroyable.

Ces toutes petites différences vont devenir quelque chose qui fait mon identité et au nom de ces identités, qui sont vraiment au regard des choses de la vie des choses minimes, mais elles prennent une valeur identitaire et après je vais m’accrocher à ça pour dire « ça c’est moi, et les autres ils sont différents, ils appartiennent à un autre monde ».

 Et ça rompt la relation, ça rompt la rencontre et ça menace au fond la diversité et ce lien ouvert où finalement chaque manière de faire avec les Dieux avec les Hommes à l’école, dans le quartier, chaque manière de faire est une expression de la diversité humaine.